Dyspraxie: les signes d’appel en classe

La dyspraxie fait partie de ces troubles dits TSLA : “troubles spécifiques du langage et des apprentissages”. Elle peut  se repérer dès la maternelle en observant l’enfant en classe.  Le repérage fait partie des missions de tout enseignant mais celui-ci se trouve souvent bien dépourvu d’outils pour cela. Pour l’aider, voici une grille d’observations proposée par la Direction Académique des Services Départementaux de l’Éducation Nationale des Landes selon un document réalisé par Marie-Neige Dubarry (psychomotricienne) et Claudine Gay (enseignante spécialisée), Centre référent de Tarbes. Ce repérage n’est en rien un outil de diagnostic mais il permettra à l’enseignant de cibler les difficultés de l’élève afin de pouvoir l’aider.

 

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A télécharger:Grille d’aide à l’observation d’un élève dyspraxique

Apprendre à écrire en famille

Sur la lecture, de nombreux ouvrages peuvent guider les parents qui instruisent leur enfant à la maison mais aucun (me semble-t-il) ne traite vraiment de l’écriture. Cet article, en quelques paragraphes, saura, je l’espère, les éclairer sur cet apprentissage si riche et pourtant si méconnu.

L’écriture, un savoir-faire à transmettre:

Quelles que soient les raisons pour lesquelles on choisit d’instruire son enfant à la maison, le geste d’écriture doit être transmis de façon explicite et raisonnée. Je compare l’apprentissage de l’écriture à un de ces gestes d’artisan que chaque nouvel apprenti doit acquérir au prix d’un long et difficile entraînement. Écrire n’est pas un geste inné mais le fruit d’un apprentissage ; pas à pas, étape par étape, le geste s’ancre, se fluidifie, s’automatise pour laisser place au plaisir d’écrire.

 

« Pour raboter une planche, pour poser une ardoise, pour tenir un archet, il y a des comment qui sont à apprendre ». Antoine de la Garanderie.

 Vous, parents instructeurs, êtes donc les personnes qui vont accompagner votre enfant dans cet apprentissage et pour cela il est primordial que vous soyez en mesure de bien montrer ce geste, ce « comment » qui est à apprendre.

Votre enfant vous regarde tenir votre stylo…Soyez impeccable dans votre tenue de stylo!

Votre enfant regarde votre posture, la façon dont vous formez vos lettres, dont vous les enchaînez…Soyez impeccable!

Vous êtes LE MODÈLE

Pour la tenue de crayon, c’est par ici: De l’importance de la tenue du crayon

Partir du geste pour aller vers la trace :

L’encodage kinesthésique est très important pour les enfants. Passer par le corps aide à s’approprier les tracés et à les ancrer dans notre mémoire kinesthésique. On ne met pas encore d’outil scripteur dans les mains, seul le corps enregistre le geste.

Exemples d’activités:

  • Les lettres rugueuses Montessori: sens de rotation des lettres et leur tracé (le parent montre le geste pour s’assurer du sens)
  • Tracés dans la semoule: idem
  • Le huit couché* : exercice riche pour l’encodage kinesthésique; il permet de travailler la fluidité d’écriture, l’automatisation du geste, le sens d’écriture, la mobilité des doigts, la discrimination des lettres proches, la continuité du tracé, etc.
  • Le ruban de gym: délier l’épaule, sens de rotation des lettres.
  • Le Brain Gym*: ces mouvements ciblés permettent aux deux hémisphères cérébraux de travailler simultanément pour améliorer la capacité  d’apprendre du cerveau; ils aident  à l’apprentissage, à l’organisation et à la concentration.

 

Bouger les doigts:

C’est essentiel! Lorsqu’on écrit, ce sont les doigts qui bougent, pas le poignet.

Vous proposerez à votre enfant quotidiennement et en toute occasion des petits jeux de doigts pour développer son habileté manuelle et ainsi préparer la main à la tenue de crayon.

La gym des doigts* peut se faire de façon amusante et complice en utilisant des petits accessoires comme les Finger eyes, les monstres au doigt, les boules en bois, la baguette chinoise, etc…511hLULR2sL._SY355_

A vous de laisser place à votre imagination et à celle de votre enfant pour inventer de nouveaux jeux!

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vidéo: faire bouger les doigts avec les « ++ »

Lier apprentissage de la lecture et de l’écriture :

Certains enfants s’intéressent à l’écriture avant la lecture,d’autres apprennent à lire en même temps qu’ils apprennent à écrire. D’autres, enfin, préfèreront apprendre à lire avant de se lancer sur le papier. Peu importe puisque l’intérêt de l’instruction en famille est de laisser l’enfant apprendre à son rythme. Pour autant, apprendre à écrire demande une progression logique. Le tracé des lettres ne s’improvise pas, tout comme leur ordre d’apprentissage et leur enchaînement.

Que faire si son enfant demande à écrire avant de savoir lire?

On lui proposera de le faire avec des solutions d’attente et on lui expliquera pourquoi.

Voici quelques suggestions: 

  • les lettres mobiles (les Alphas par exemple),
  • sur un cahier, des lettres à coller en suivant le sens de l’écriture (gauche à droite) et bien alignées,
  • au tableau ou sur l’ardoise, écrire en majuscules d’imprimerie.

En amont, on aura préparé les doigts à tenir le crayon et on aura vu le sens de rotation des lettres.

Puis on pourra tranquillement commencer à apprendre à tracer les lettres, selon une progression logique:

  • boucles: e,l
  • pointes: i, u, t
  • lettres rondes: c, a, o, d, g,q
  • ponts: m, n
  • toutes les autres lettres

Au fur et à mesure de ses avancées, il sera possible à votre enfant d’écrire ses premiers mots en attaché: le, elle, lui, lit, lulu, etc.

Quel outil scripteur proposer?

Le crayon à papier sera le meilleur allié de votre enfant dans ses premiers pas vers l’écriture: parce qu’il peut se gommer et effacer les « faux-pas », il rassure.

Vous le choisirez de préférence triangulaire pour une prise en main plus confortable et pas trop gros pour les petits doigts. Cette remarque s’applique pour tous les outils scripteurs: évitez les gros feutres, les gros crayons qui sont difficiles à bien manier.

J’aime les Groove Slim de chez Lyra et les Graphite Grip de chez Faber Castell.

Lorsque l’enfant se sentira plus à l’aise, il pourra choisir un stylo, à encre de préférence (roller, stylo-plume).

Pour aller plus loin: Dis-moi quel stylo choisir!

Quels supports?

Partir de supports grand format pour aller vers des plus petits.

  • Un tableau craie, pour varier entre support vertical et horizontal et pour l’encodage kinesthésique. Les enfants aiment ce support en général.
  • Des feuilles A3, blanches pour les grands tracés qui libèrent le geste.
  • Des feuilles A4.
  • Des petits cahiers avec un lignage seyès de deux couleurs: la ligne de base est d’une couleur différente. Cela permet un meilleur repérage visuel. On commencera avec du 3 mm, pour aller progressivement au 2 mm, selon le rythme de l’enfant. Pour le lignage, on peut apprendre à tracer les lettres de base (boucles, pointes, lettres rondes, ponts) avec juste une ligne d’écriture (sur du A4). Puis, quand le tracé est acquis, le lignage (seyès 3mm) sera proposé et bien expliqué: repérage de chaque interligne par des frises* et travail sur la hauteur des lettres (soyez au point à ce niveau).

Quelle posture?

  • le corps: installez  votre enfant à une table ajustée à sa hauteur, ses pieds reposent par terre, le dos est droit, les avant-bras posés sur la table forment  un angle droit avec le torse.posture
  • la feuille: elle doit être légèrement inclinée contrairement à ce que l’on croit, l’avant-bras parallèle au bord de la feuille, la main sous la ligne d’écriture

Comment enchaîner les lettres?

Concernant l’enchaînement des lettres, le principe est simple: attacher toutes les lettres entre elles en ne levant pas le crayon, sauf devant les lettres rondes! C’est à ce prix que l’écriture deviendra fluide, gage de rapidité et de lisibilité.

Besoin d’une remise à niveau? De conseils?

 Pour les parents qui le souhaitent, je propose des séances conseils « apprendre à écrire en IEF », individuelles ou en groupe. Elles permettent de se remettre à niveau côté écriture pour être sûr de faire les bons gestes (tenue de crayon, tracés des lettres, posture…) et d’échanger sur nos pratiques afin d’accompagner au mieux les enfants dans leurs apprentissages. N’hésitez-pas à me contacter pour en discuter!

conseil IEF

 

*Pour aller plus loin:

L’adulte et l’écriture

S’il n’y a pas d’âge pour réapprendre à écrire, il n’y a pas d’âge non plus pour souffrir en écrivant! Souffrance psychologique quand la gêne reste taboue et très mal vécue; souffrance physique, quand les douleurs remontent des doigts jusqu’au cou.

L’adulte touché par les troubles de l’écriture n’est pas rare. Je reçois parfois des appels de mères qui souhaitent prendre rendez-vous pour leur enfant, un grand enfant, pas loin de la trentaine: « il a honte d’écrire devant les gens, ça l’a toujours gêné et maintenant qu’il est adulte ça devient un vrai problème dans sa vie professionnelle ». Comment écrire sans gêne devant les autres quand son écriture est enfantine, tremblotante? Comment parvenir à rendre des copies lisibles quand on ne parvient plus à se relire soi-même? Comment préparer une reconversion professionnelle quand il faut écrire vite et beaucoup et qu’on en a perdu l’habitude?

Dans ces adultes en souffrance avec l’écriture, il y a ceux qui le sont depuis longtemps; à l’école déjà, les professeurs leur faisaient des remarques sur le soin, leur lenteur de copie, leurs tracés malhabiles; plus tard, au collège, au lycée, ces mêmes professeurs leur ont fait comprendre qu’ils seraient plus à l’aise derrière une machine, peu importe laquelle, que devant une feuille. Et petit à petit, l’oiseau de la confiance en soi s’est envolé. Leur a-t-on seulement bien appris à écrire?…

Quand on sait que l’aspect psychologique joue un très grand rôle dans le geste d’écriture, on imagine les dégâts causés par tant d’années de mise en échec face à l’écrit!

Parmi ces adultes qui souffrent en écrivant, il y a également ceux qui développent une crampe de l’écrivain. Ils écrivaient sans problème et puis un jour… Ce type de dystonie survient en général sans prévenir chez ceux qui écrivent beaucoup et ceux qui ont beaucoup écrit (étudiants, professeurs, médecins, comptables…). Ses origines sont encore mal cernées mais les conséquences sur la vie d’adulte sont particulièrement invalidantes au quotidien: impossibilité d’écrire sans douleur, de façon lisible, difficultés à contrôler son stylo au cours de l’écriture, comme si la main, les doigts ne répondaient plus aux ordres du cerveau. L’écriture se dégrade sous l’effet de contractions musculaires involontaires qui surviennent à l’occasion du mouvement volontaire d’écrire.

Dans tous les cas, défaut d’apprentissage, dysgraphie, dystonie, la rééducation peut apporter une amélioration de l’écriture. Motivé, l’adulte applique une auto-rééducation quotidienne grâce aux conseils du rééducateur. Il restaure son geste et reprend peu à peu confiance en son écriture et en lui.

 

 

La crampe de l’écrivain

Crampe de l’écrivain, une pathologie invalidante au quotidien

Quezaco ?

La crampe de l’écrivain est une forme de dystonie de fonction qui touche les muscles du poignet et des doigts.

Quels symptômes ?

Alors que la personne écrivait jusqu’alors sans problème, surviennent tout à coup des difficultés à contrôler le crayon ainsi que des douleurs (poignet, coude, épaule, cou). Cette pathologie perturbe  grandement l’écriture  et a des conséquences psychologiques importantes sur la personne pour qui le geste d’écriture devient une réelle épreuve physique. L’écriture est maladroite, douloureuse et la trace écrite est peu lisible voire illisible.

Qui en souffre ?

L’âge semble être un facteur important.

  • Les jeunes élèves:  une sensibilité génétique pourrait alors être en cause.
  • Les étudiants et les retraités: ce pourrait être la conséquence d’une sur-utilisation de l’écriture chez des personnes ayant développé des mauvaises habitudes gestuelles.

Il y aurait un lien entre la crampe de l’écrivain et la quantité d’écriture. Parmi les professions les plus touchées on rencontre les enseignants, les médecins et les comptables.

Dans certains cas (15 à 20 %), un traumatisme corporel ou psycho­logique peut être à l’origine de la dystonie.

Comment la diagnostiquer ?

Les neurologues sont les mieux placés pour dépister une crampe de l’écrivain.

Comment la soulager ?

On ne guérit pas d’une crampe de l’écrivain; des rémissions spontanées dans les premières années ne sont pas rares ainsi que les rechutes par la suite.

  • Les traitements médicamenteux: il n’existe aucun remède spécifique à la dystonie mais certains médicaments des classes thérapeutiques suivantes peuvent agir sur les symptômes comme les benzodiazépines, les myorelaxants, les antidouleurs et les antiépileptiques. La réponse aux médicaments varie d’une personne à l’autre,
  • Les injections de toxine botulique: la toxine botulique est une neurotoxine qui bloque l’influx nerveux entre le nerf et le muscle, entraînant ainsi une diminution de la force musculaire. On pratique ces injections à intervalles réguliers, dans le muscle atteint qui travaille trop. La toxine le paralyse temporairement (pendant environ 3 mois). Le produit agit efficacement sur la conséquence de la maladie mais pas sur sa cause. Ces injections sont pratiquées par un spécialiste (neurologue, ophtalmologue, ORL), dans des centres spécialisés. Il existe plus d’une centaine de centres dans toute la France, avec comme centre de référence l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière.
  • La kinésithérapie: elle vient compléter les injections de toxine botulique. Ce travail avec le kinésithérapeute s’inscrit dans la durée et des exercices d’auto-rééducation sont à faire à la maison.La personne doit effectuer des exercices quotidiennement au risque de voir les progrès s’effacer rapidement (les muscles correcteurs doivent être mobilisés tous les jours). La relaxation et la sophrologie viennent compléter cette rééducation très spécifique*.

 

Et la rééducation de l’écriture? 

Sans se substituer aux autres aides spécifiques précédemment vues, la rééducation de l’écriture peut apporter un soulagement aux personnes atteintes de crampe de l’écrivain.

Basée sur des exercices destinés à contrôler le geste, à délier les doigts, à dissocier les muscles en jeu dans l’acte d’écrire, elle est capable de rendre l’écriture plus lisible et moins douloureuse. La personne doit également effectuer des exercices au quotidien, tout comme pour la kinésithérapie**.

*Lors de ma formation de rééducatrice de l’écriture, j’ai eu la chance d’assister à une intervention de Mr Bleton, kinésithérapeute spécialiste de la crampe de l’écrivain. Il reçoit à l’hôpital de la Pitié-Salpétrière, Fondation ophtalmo Rothschild, unité James Parkinson.

**Rééducation de l’écriture: la méthode

L’écriture chez les ados

A l’heure du tout numérique, il semble bien illusoire d’expliquer à un adolescent qu’il doit soigner son écriture alors qu’il passe plus de temps à pianoter sur son téléphone portable ou son  ordinateur qu’avec un stylo à la main! Pourtant, au collège, au lycée et plus tard pour poursuivre des études supérieures, l’écriture manuscrite reste un outil indispensable.

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Prise de note d’un élève de 4ème qui ne parvient plus à se relire.

Une écriture qui devient parfois illisible au collège:

« Je ne comprends pas, il n’écrivait pas si mal en primaire… », réflexion d’un parent de collégien. Beaucoup de professeurs de collège se plaignent de l’écriture de leurs élèves qu’ils n’arrivent plus à déchiffrer. L’élève lui-même peut être incapable de relire ses cours ce qui devient vite un réel handicap. Alors pourquoi tant d’élèves en difficulté avec l’écriture au collège? Je vois à cela 3 raisons principales : la nécessité d’écrire plus vite, la masse à écrire beaucoup plus importante qu’en primaire et la personnalisation de l’écriture. Cette dernière, en lien avec l’adolescence et le besoin de s’affirmer, voit bien souvent des écritures se transformer en un mélange de scriptes et de cursives, de lettres tronquées et autres fioritures inutiles(article en lien).

A mon sens, les élèves de cm2 ne sont pas assez préparés à franchir ce cap. A l’école, il est pourtant encore possible de le faire :

  • reprendre le « 1,2,3 partez » (tenue de crayon, posture, inclinaison du cahier), des gestes simples qui peuvent vraiment aider les élèves à mieux écrire.

    125 partez
    1,2,3 partez! pour les gauchers.
  • inciter les élèves à écrire en cursives et veiller à ne pas les laisser glisser vers la scripte
  • travailler les stratégies de copie (à lire sur le sujet )
  • proposer à ceux qui ont déjà une écriture difficile un accompagnement personnalisé pendant les APC (quelques conseils ici).
  • informer les parents sur les enjeux liés à l’écriture pour la scolarité future de leur enfant et des solutions qui existent pour les aider (la rééducation de l’écriture en fait partie 🙂 )

Les enjeux de l’écriture dans le secondaire:

Comme je viens de l’expliquer, il est courant de voir des élèves se mettre à écrire mal au collège, le trouble s’accentuant inexorablement à chaque montée de classe, souvent accompagné de douleurs musculaires. Les professeurs pestent contre ces écritures « hiéroglyphiques », les sanctionnent en ôtant des points et parfois même refusent de corriger les copies. En 3ème et en Terminale, l’enjeu de l’examen final accentue la pression sur l’élève et son écriture. Prise de note et copies illisibles, mauvaise estime de soi, mauvais regard des professeurs sur soi, perte de motivation, l’étudiant peut vite sombrer dans un engrenage dont il est difficile de sortir à quelques semaines des examens.

En matière d’écriture, pas de fatalité:

Je voudrais dire aux parents mais aussi aux professeurs qu’il existe des solutions pour aider ces élèves!  Il n’y a pas d’âge pour réapprendre à écrire lisiblement et ce type de rééducation donne d’excellents résultats en peu de temps chez les adolescents motivés (par leurs parents et professeurs…). Gagner en vitesse et en lisibilité, en travaillant la posture et l’enchaînement des lettres, connaître les abréviations pour faciliter la prise de notes, autant d’aspects qui sont abordés en séance de rééducation et qui donnent des résultats rapides.

Je propose tout au long de l’année des ateliers « spécial étudiant » pour travailler son écriture en petits groupes tous les 15 jours.

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J’interviens également en lycée auprès d’élèves en difficulté avec l’acte d’écrire (douleurs, illisibilité). Le but étant de les faire progresser suffisamment pour qu’en quelques semaines l’écriture ne soit plus un frein à leur scolarité.

De l’importance de la tenue du crayon

« Je tiens mal mon stylo pourtant ça ne m’a pas empêché de faire des études à la fac! »

Heureusement… 🙂

J’entends régulièrement ce genre de réflexion lorsque j’évoque l’importance de bien tenir son stylo. Je voudrais donc ici tenter d’expliquer pourquoi une mauvaise tenue de stylo peut avoir des incidences sur la qualité de l’écriture et le confort du scripteur. Elle n’est pas à prendre à la légère et devrait être systématiquement corrigée par le professeur dès l’entrée en CP .

Prenons l’exemple de cet enfant de CE1. Il y a pire comme tenue de crayon, me direz-vous. C’est vrai, c’est à ce point vrai que son maître ne s’en soucie pas. Pourtant, elle perturbe l’écriture de Rémi!

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Tenue de crayon en début de séance

Rémi tient son crayon avec trois doigts (prise tri digitale), le pouce passant par-dessus le crayon, l’index hyperlaxe vient s’écraser sur l’instrument, le majeur reposant dessus; de plus, les doigts sont extrêmement près de la mine.

On ajoutera que sa main est posée sur la ligne, sa feuille droite devant lui, deux autres défauts qui perturbent l’écriture.

Voyons en détails quelle est l’influence de ces postures sur l’écriture de Rémi.

La prise tri digitale et la préhension crispée: les doigts ne peuvent pas bouger en cours d’écriture; les lettres sont formées par un mouvement du poignet ce qui provoque un manque de précision dans le tracé de ces dernières et une tension musculaire qui peut remonter dans le bras et jusque dans l’épaule.

Les doigts très près de la mine: l’enfant ne voit pas bien les lettres qu’il trace et ses doigts, glissant sur le crayon au fur et à mesure qu’il écrit, ne tiennent plus correctement l’instrument (crispation supplémentaire pour maintenir le crayon qui s’échappe).

Rémi, parce qu’il tient mal son crayon, a mal quand il écrit; sa posture engendre une grande crispation musculaire qui entrave son écriture et le fatigue.

Lors de la première séance de rééducation, j’ai appris à Rémi comment bien tenir son crayon*. Il a à travailler ce geste tous les jours par de petits exercices ludiques jusqu’à la prochaine séance.

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Tenue de crayon corrigée en fin de séance

*Pour en savoir plus sur la tenue de crayon: http://www.sos-ecriture.fr/2015/02/quest-ce-quune-bonne-tenue-de-crayon.html?spref=fb

La rééducation de l’écriture des enfants ou le principe de « coveillance » en action.

rééducation de l'écriture; coveillance

La coveillance est un état d’esprit que diffuse le psychosociologue Jean Epstein dans chacune de ses conférences à travers le monde. Née au Québec il y a une trentaine d’année, cette idée  signifie : être attentif aux besoins de l’autre et « faire à plusieurs » ce qu’on ne peut faire seul, dans une dynamique de lien social.

Dès lors que l’on rend les parents acteurs, on est dans une démarche de coveillance. A l’inverse, l’anticoveillance, les rend consommateurs.

La rééducation de l’écriture des enfants et des adolescents participe, à mon sens, de cet état d’esprit en cela qu’elle œuvre autour d’un triangle relationnel: l’enfant-le parent-le professionnel.

Seul, le rééducateur en écriture ne peut rien ou pas grand chose. Il a besoin d’être relayé à la maison par le parent qui accompagne et guide son enfant avec bienveillance. Sans ce partenariat parent/rééducateur, point de salut! La rééducation telle que nous* l’entendons repose essentiellement sur cette entente tacite: le parent accorde sa confiance au rééducateur, le rééducateur sait qu’il peut compter sur le parent pour relayer son message auprès de l’enfant. C’est pour cette raison qu’il est impératif que le parent (ou un adulte référent) assiste à toutes les séances et accepte la contrainte quotidienne de la rééducation. J’insiste sur ce point dès la prise du premier rendez-vous afin que chacun des acteurs sache quel rôle il aura à tenir. Ici, on ne dépose pas l’enfant à sa séance de rééducation mais on l’y accompagne, dans tous les sens du terme: assis près de l’enfant mais en retrait, le parent observe attentivement les exercices faits en séance et le rééducateur explique leur intérêt. A la maison, quotidiennement, l’enfant fait les exercices sous le regard du parent, un parent capable de reprendre le geste en cas d’erreur, de féliciter, d’encourager, de remotiver.

Ce partenariat entre le rééducateur,  le parent et l’enfant, cette coveillance, donne les meilleurs résultats car c’est en cheminant ENSEMBLE, main dans la main, que la voie de la réussite sera la plus courte.

*Les rééducateurs indépendants

A lire: « Comprendre le monde de l’enfant » de Jean Epstein.

De la cursive au script: une étape à surveiller dès la fin du primaire

Dans ma classe de cm2, l’an passé, il n’y avait que quelques élèves qui écrivaient en script à la rentrée. A la fin de l’année ils étaient au moins 10 sur 25! Une épidémie à mon sens.

Cette lente glissade vers le script s’est faite sans que je m’en aperçoive, au fil des semaines. J’ai réagi un peu tard je l’avoue, en leur expliquant les désavantages de l’écriture script; certains ont compris et sont rentrés dans le rang, pour d’autres il était trop tard.

Écriture scripte d'une élève de cm2
Écriture scripte d’une élève de cm2

Mais, me direz-vous, où est le problème?

Je le situe à trois niveaux:
• écrire en script ralentit la vitesse d’écriture: les lettres se juxtaposent, il n’y a plus de liaisons entre elles ce qui provoque de multiples arrêts en cours d’écriture. Le problème c’est que plus l’élève va avancer dans sa scolarité, plus il aura à écrire et à écrire vite (prise de notes notamment).

• quand un élève passe de la cursive au script, il va oublier peu à peu le sens du tracé des lettres; le retour en arrière deviendra alors extrêmement coûteux en efforts.

• l’écriture script est fatigante pour le lecteur malgré ce qu’on peut croire (bon nombre de professeurs pestent contre elle lors de leurs corrections).

Mais pourquoi certains élèves se mettent-ils à écrire en script dès la fin du primaire?

J’ai deux hypothèses:
• des élèves qui écrivent « mal » vont peu à peu vouloir se simplifier la tâche en ayant recours au script. Ils ont l’impression d’écrire mieux et plus lisiblement.

• des élèves ayant une écriture tout à fait correcte vont voir dans l’écriture script un moyen de « s’émanciper » du cadre scolaire; le passage au script serait alors une sorte de rituel pour marquer son entrée dans l’adolescence. Oser ne plus lier ses lettres, oser personnaliser son écriture serait une façon de s’affirmer; c’est pourquoi le phénomène est si contagieux dans un groupe classe!

Enseignants  du primaire, soyez vigilants: ce basculement de la cursive au script peut avoir des conséquences fâcheuses pour la scolarité de certains élèves. En fin de primaire, vous êtes les derniers gardiens de la cursive, expliquez-en les enjeux avant le grand saut vers le collège.

Dis-moi quel stylo choisir!

Choisir un stylo n’est pas chose simple: les magasins regorgent de nouveautés dans le domaine à chaque rentrée et s’y retrouver devient bien compliqué. Cet article vous propose quelques uns des stylos que j’ai testés avec des enfants en rééducation.

 Pour bien choisir, plusieurs critères sont à prendre en compte:

  • l’âge de l’enfant: pour les petites mains de cp/ce1: un stylo pas tros gros. A cet âge, le crayon à papier reste le meilleur allié d’un apprentissage de l’écriture bien pensé.
  • la forme du corps du stylo: un stylo où la zone de préhension est triangulaire avec des espaces pour bien placer les doigts est préférable. Une zone « grip » douce, pour que les doigts ne glissent pas est intéressante.
  • la mine: stylo Bic? roller? stylo gel? stylo-plume?

Le stylo Bic a l’inconvénient de devoir être tenu verticalement pour bien écrire, c’est un geste crispant, le stylo ne repose pas dans la commissure pouce/index.

Le stylo gel à friction: pourquoi pas mais l’encre est un peu pâle et la coulée  n’est pas toujours égale; de plus il n’y a pas d’emplacements spécifiques pour les doigts.

Stylo gel Roller Ball de Pilot
Stylo gel Roller Ball de Pilot

Le roller est une alternative intéressante au stylo plume: moins exigeant , il permet d’avoir une écriture à l’encre effaçable, un tracé fluide et la plupart ont une zone grip triangulaire bien pensée.

quel stylo choisir: roller schneider
Roller Schneider: mon préféré!
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Roller Scribolino de Faber Castell: bonne prise en main mais un peu gros pour les petites mains.
roller Maped reload: pas cher, en grande surface, système de chargement des cartouches aléatoire
Roller Maped reload: pas cher, en grande surface, système de chargement des cartouches aléatoire

Le stylo-plume: avec un emplacement pour les doigts, une zone « grip » antidérapante, une plume qui n’accroche pas. Bien maîtrisée, l’écriture au stylo plume est très agréable et belle.

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Stylo-plume Lamy: très bien pour les apprentis scripteurs.
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Stylo-plume Griffix de Pelikan: design rigolo, bonne ergonomie, bon tracé.
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Stylo-plume Scribolino de Faber Castell: rien à redire!
Stylo-plume Pelikano junior: bonne glisse et bonne prise en main.
Stylo-plume Pelikano junior: bonne glisse et bonne prise en main.

Troubles neurovisuels: les signes d’appel en classe

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Les troubles neurovisuels peuvent être à l’origine de difficultés à lire et à écrire. L’orthoptiste proposant des bilans neurovisuels est le professionnel qui peut dépister et rééduquer ces problèmes spécifiques de la vision.

Pour en savoir plus: Les troubles neurovisuels et l’écriture | Isabelle Godefroy.

En classe, il y a des signes d’appel qui peuvent et doivent alerter les enseignants. Je les ai recensés dans ce tableau récapitulatif:

Signes oculaires

Signes en lecture

Signes en écriture

Signes en mathématiques

Signes dans le travail scolaire
Fatigue Lecture hachée et lente Erreurs de copie Chiffres mal alignés Problème pour poser les opérations
Se frotte les yeux Omissions de lettres Orthographe négligée Problème pour les constructions géométriques Problème de concentration
Cligne les yeux Additions de sons Pas respect des lignes et des marges Lenteur dans le travail
A besoin de fermer les yeux Sauts de lignes Ratures Difficultés de mémorisation
Maux de tête en fin de journée Répétition de mots Peu de résultats pour beaucoup de travail
Doigt curseur Plus performant à l’oral
Endurance faible
Se rapproche du texte
Se tient la tête
Déplace son texte

« Lire, c’est un peu écrire »

Dans un article du JDD, Richard Bellet revient sur les bénéfices de l’écriture cursive face au tout numérique. Un possible passage au « tout-clavier » dès l’école aurait des répercussions sur l’apprentissage de la lecture.

Ainsi écrire à la main aiderait à la lecture car la mémoire du geste est associée au sens propre de la lettre. En lisant,  cette mémoire se réactive et aide à associer son et reconnaissance des lettres. « Lire, c’est un peu écrire » dit Jean-Luc Velay, chercheur en neurosciences cognitives (CNRS, Aix-Marseille). Pour le linguiste Alain Bentolila, « si l’on perd l’écriture manuscrite, c’est l’apprentissage de la lecture qui est mis à mal ».

Alors, rapidité d’écriture grâce au clavier ou liberté graphique portée par le geste? Un débat qu’il faut poser dès aujourd’hui car un certain nombre de pays pensent déjà à bannir l’écriture manuscrite des bancs de l’école.

Vers la fin de l’écriture – leJDD.fr.